Retour sur l’intervention de Rochevelle, par Romain, dans Le placement à suivre – BFM Business 17.12.2025
En cette fin d’année, les marchés financiers suscitent de nombreuses interrogations. La concentration des performances autour de l’intelligence artificielle, des valorisations élevées, en particulier aux États-Unis, ainsi qu’un environnement géopolitique et monétaire incertain nourrissent chez de nombreux investisseurs le sentiment d’un équilibre fragile. Face à cette accumulation de facteurs de risque, le réflexe est souvent le même : attendre un « meilleur point d’entrée » et repousser la décision d’investir dans l’espoir d’une visibilité accrue.
C’est précisément ce réflexe qu’a souhaité interroger Rochevelle, à travers l’intervention de Romain, lors de la dernière émission de l’année sur BFM Business, dans la rubrique Le placement à suivre. À contre-courant des traditionnels exercices de prévision qui accompagnent la fin d’année, l’approche retenue a consisté à revenir à l’essentiel : non pas tenter de deviner ce que feront les marchés en 2026, mais comprendre ce qu’ils nous apprennent et ce que cela implique concrètement pour l’épargnant.
Le contexte actuel, aussi singulier puisse-t-il paraître, n’a rien d’exceptionnel dans l’histoire des marchés. L’incertitude, qu’elle soit économique, monétaire ou géopolitique, n’est pas une anomalie, mais leur état naturel. Les marchés ont toujours évolué dans des environnements complexes, parfois inconfortables, et ont pourtant su générer de la performance sur le long terme. L’année 2025 l’a une nouvelle fois illustré : malgré des craintes largement partagées, plusieurs grandes zones ont enregistré des performances significatives, laissant à l’écart les investisseurs ayant privilégié l’attentisme par excès de prudence.
Cette réalité entre souvent en contradiction avec une intuition largement répandue selon laquelle investir lorsque les marchés évoluent à des niveaux élevés serait nécessairement une erreur. Or, l’histoire montre que les plus hauts historiques sont fréquents et rarement de bons indicateurs de décisions futures. Les marchés passent une part importante de leur temps à battre leurs propres records, et les corrections majeures, en particulier à court terme, demeurent statistiquement peu fréquentes. Ce constat rappelle une vérité fondamentale : ce n’est pas tant le niveau des marchés qui importe que la durée et la discipline de l’investissement.
La discipline constitue en effet l’un des principaux facteurs de réussite à long terme. Les données montrent que manquer quelques séances clés peut dégrader fortement la performance globale d’un portefeuille, d’autant plus que ces séances interviennent souvent à la suite des périodes les plus difficiles. À l’inverse, un horizon de détention suffisamment long agit comme un puissant amortisseur du risque, y compris sur des actifs réputés volatils. Dans ce cadre, la diversification conserve un rôle central. Lorsque les moteurs de performance se concentrent excessivement, elle devient une nécessité plus qu’un choix, à condition de distinguer clairement les ajustements tactiques de court terme d’une allocation stratégique pensée pour durer.
Ces constats conduisent à un recentrage salutaire sur la question essentielle pour l’épargnant. La véritable interrogation n’est pas de savoir ce que feront les marchés l’an prochain, mais de déterminer si la stratégie mise en place est cohérente avec ses objectifs, son horizon d’investissement et sa situation patrimoniale globale. Dans un monde où personne ne peut prédire avec certitude le prochain scénario macroéconomique, la seule réponse rationnelle consiste à construire une allocation d’actifs robuste, capable de fonctionner dans plusieurs environnements.
Les travaux académiques le démontrent depuis des décennies : l’essentiel de la performance à long terme provient de la manière dont le capital est réparti entre les grandes classes d’actifs, bien davantage que du choix du titre de l’année ou du moment précis d’entrée sur les marchés. Cette approche, fondée sur la structure, la cohérence et la discipline, constitue le socle d’une gestion patrimoniale durable, telle que mise en œuvre par Rochevelle.
En définitive, les marchés ne rappellent pas, en cette fin d’année, la nécessité de prévoir l’avenir. Ils rappellent surtout l’importance d’y être préparé. Parmi tous les risques auxquels l’investisseur est confronté, le plus sous-estimé reste celui du non-investissement, souvent nourri par l’attente d’un moment idéal qui, dans les faits, n’existe pas.